TV, console, smartphone... Le bon dosage
Très tôt, nos enfants sont envahis d’images, sollicités par la télé, l’ordinateur, la console, le smartphone et la tablette tactile. Astuces et conseils de Michael Stora, psychologue clinicien pour enfants et spécialiste du jeu vidéo et de son impact sur les jeunes pour poser des limites et éviter les excès…
Télé habitée de gentils héros, première console, fascinante tablette tactile de Papa… Quel est le dosage idéal ?
Il est nécessaire de contrôler l’accès aux images de son enfant lorsqu’il utilise la télé, une console ou une tablette tactile pour se distraire. Sans toutefois culpabiliser les parents qui veulent un peu de temps pour eux-mêmes, il est important de rester vigilant devant un écran trop souvent allumé. Avant 3 ans, le petit écran est globalement déconseillé car il nuit au développement de l’imaginaire et, même si les chaînes mettent habilement en avant leurs programmes pédagogiques, ceux-ci n’ont aucune fonction éducative à cette période de la vie où, pour apprendre, tous les sens de l’enfant doivent être en action. Ce n’est qu’avec des activités interactives qui font intervenir la curiosité, l’inventivité, la découverte, qu’un tout-petit s’épanouit vraiment. Plus tard, entre 3 et 6 ans, on peut laisser un enfant regarder la TV ou jouer aux jeux vidéo, mais toujours à petites doses, car à cet âge, un jeune enfant se lasse vite des jeux d’écran qui l’obligent à faire un gros effort d’attention. Il y joue surtout pour imiter les plus grands. Mais il a toujours besoin de toucher, de manipuler pour apprendre. En remplaçant trop vite les jeux traditionnels par des activités sur écran, l’enfant saute une étape primordiale où le jeu prend un caractère symbolique, où les jouets d’imagination revêtent une grande importance. Empiler des cubes virtuels sur l’écran, colorier une forme en un clic et construire une tour en Lego en vrai, ce n’est pas la même chose !
Comment fixer des limites à son enfant ?
Celles-ci doivent être claires et précises dès le départ. Sans priver l’enfant de ses dessins animés préférés, on peut par exemple restreindre le temps passé devant la télé à une demi-heure après le goûter. On peut aussi inviter le plus jeune à faire un jeu quand le plus grand regarde une série ou un manga de son âge. Il est indispensable d’expliquer à son enfant que le temps qu’il passe devant le petit écran ne peut pas s’additionner à celui passé devant un jeu vidéo et que cela ne doit pas non plus prendre trop de place dans ses activités ludiques (jeux de société, bricolages, sports…). Et s’il regarde un DVD, il vaut mieux ne pas lui laisser la télécommande entre les mains afin d’éviter qu’il ne le regarde en boucle ! Côté jeux vidéos en revanche, les missions sont longues et il est difficile de s’arrêter en plein milieu d’une aventure passionnante. Les solutions ? Avertir son enfant qu’il n’aura le droit de jouer qu’une seule fois par jour et gérer au mieux son temps de jeu en évitant de faire une interruption brutale de sa partie, qui entraînera inévitablement frustration et colère. Il acceptera d’autant plus les règles d’un parent qui sait utiliser un système de sauvegarde pour arrêter un jeu, et qui peut lui donner de bons conseils pour gagner des points et des vies lors de la prochaine séquence !
Et si l’enfant s’ennuie ?
Beaucoup de parents se sentent responsables lorsque l’enfant s’ennuie. Ils vont à tout prix lui proposer une activité et c’est ainsi que la télévision est devenue une sorte de « nurse cathodique » dans beaucoup de familles, au même titre que le jeu vidéo ou la tablette tactile remplissent la fonction de « nurse digitale ». Or, l’ennui est une expérience constructive qui permet à l’enfant de développer son imaginaire. Il faut donc savoir l’accepter et faire confiance aux enfants et à leur potentiel de créativité…
Propos recueillis par Nadège Cartier